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5 Lose Tennis

Tennis, Gloire et Beauté, des mots qui font rêver

Roger Federer et la Question du Pourquoi .

Posted by un musulman on janvier 10th, 2012

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Une nouvelle saison a démarré au tournant de deux années se télescopant, lors d’un passage de témoin célébré rituellement par une humanité spectatrice du temps qui passe, spectatrice de son histoire ou simple victime passive du viol de sa dignité. Le roi pétro dollar a tracé des courts au milieu de  nulle part pour rassembler les ténors de la sphère tennistique, devenus pour l’occasion de vulgaires caisses enregistreuses.  Une exhibition à Abu Dahbi,  Doha pour célébrer la danse des pouces (merci Jeannot) et faire chanter le coq tricolore jusqu’à samedi matin pour le plus grand bonheur de Lionel la franchouille éternelle supercherie du web 2.0.

L’Australian Open est le premier horizon amené à diluer nos attentes. Mais à l’Aurore d’une saison qui n’entretient que l’ angoissante perspective d’assister au crépuscule de l’idole de la planète Tennis,  les réjouissances australes semblent promises à l’ogre serbe, et la confirmation d’une continuité qui n’incite guère à la transcendance.

Mais au-delà de cet au-delà lointain de 20 000kms, et de 10 fuseaux horaires de décalage,  L’Australian  permettra de suivre les représentations de l’helvète universel,  de celui qui ouvre ce sport à l’expérience enivrante du sublime.

A l’heure où la singularité des saisons se dissout dans le grand bouleversement du monde,  Roger Federer incarne le printemps du tennis,   la renaissance du jeu produit par sa raquette cordée d’innocence, indépendamment du rang évaluant ses performances en appuyant encore davantage un déclin inéluctable, La figure même du joueur suisse nous fait sortir du registre commun de l’immédiat, du résultat instantané, de la dictature de l’instant, pour appréhender, au travers du sens de sa destinée sportive , l’ insondable profondeur artistique  que ce jeu permet de transmettre.

Il y a quelque chose d’indicible qui s’échappe des partitions du musicien bâlois,  comme la beauté du monde incarnée dans le jeu déployé , un sentiment indéterminé mettant en scène le mouvement des étoiles, et fait résonner dans chaque frappe de balle les vibrations du cosmos.

Le tennis prophétique de Federer semble conçu pour nous permettre d’entendre l’invisible, de rendre apparent l’inaudible et de concevoir enfin l ‘imperceptible qui nous côtoie.

Toute l étendue de l’ univers est contenue entre les lignes délimitant le court où il se produit pour créer un espace où dialoguent les opposés du monde, où cohabitent les contradictions du genre humain, où le drame porté à son paroxysme se joue dans la futilité d’une issue sportive,l’espace devient un champ prosodique,  un terrain rimé, un jeu de quatrain , un vers dans chaque point, Le poète déclame son art, plume en main, murmure d’Eole, le jeu est une musique de mots, une danse de notes assemblées dans l’harmonie du talent federien.

La virtuosité esthétique convoque les voix du monde à l’opéra des courts où se mêlent harmonieusement  La plainte d’un violon, le murmure d’une lyre, le soupir d’un saxophone explosant en atome défragmenté dans un ciel ouvert à la voie de notre délectation.

Observer la  grâce de ce joueur délié nous replonge dans les remous du continent oublié, dans l’enfance des choses essentielles, les sens sombrent dans la rupture temporelle à laquelle il nous amène, car Roger, fortement ancré dans son époque,  est une manière de questionner  le passé, d’interroger l’histoire de ce jeu et révéler ainsi les innombrables visages dont il est orné. La mémoire est sublimée, les époques se condensent en un seul espace temps , l’ère Federer est un résumé de la grande Histoire du Tennis, un illustration de sa quintessence et le témoignage vivant de sa formidable multiplicité.

Selon Holderlin , « plus nous sommes attaqués par le néant, plus la résistance doit être passionnée » .

Comment ne pas voir toute la passion qu’il porte à son sport, dans sa persévérance à creuser l’abîme du pas grand-chose, pour quelques victoires de plus, ou quelques plaisirs supplémentaires à prendre, à donner, une offrande à la gourmandise du regard, un spectacle tendu tel

Un miroir aux reflets d’ excellence,  un jeu de réverbération variant, dans les nuances d’éclat, la brillance nous irradiant, un être de  lumière comme dans un prisme aux mille couleurs,  voilà ce qu’ oppose le bâlois au « néant triste et noir » dans lequel nous plonge le tennis  pesanteur de Rafael .  Le Majorquin, lui, nous fait vivre, dans une caricature de dualité mythologique,  l’expérience de la captivité du jeu, saucissonné à grande vitesse dans la frénétique rotation que son lift impulse, la balle est réduite à un instrument de souffrance, une roue de la torture quand celle de Federer est un outil de langage, un support de communication retranscrivant la dernière page de l’évangile de l’Homme.

Une rivalité farcie que l’on pourrait résumer à l’ »inspiration face à la transpiration », Federer s’appuie sur le vitesse du temps, Nadal s’emploie à le ralentir, à l’égrener sadiquement dans une célébration d’une triple souffrance, celle qu’il exprime à jouer au Tennis, celle de son adversaire, et celle des spectateurs enveloppés dans la monotonie de la méthode du majorquin. Avec Federer, l’existence s’accélère, le temps trouve sa fonction , celle d’être, il est saisi dans le tourbillon des balles, le temps se vit comme témoin de ce qu il permet de créer, unique , singulier , il apparaît comme l’infini des choses et se laisse traverser par l’œuvre qui s’y accomplit.

Dans la mise en scène  Federienne, les sons sont des silences, matériau de l’édifice,  un composant du sublime en création .L’ attitude, la posture de l’inaccessible, les émotions contenues sous le masque, impassible, empreinte d’étanchéité, semblent détachés pour mieux nous concentrer uniquement sur ce que produit sa raquette, sur ce que son cordage a à dire, la parole est à la balle, à la raquette , au jeu..Nous sommes dans le lieu de son champ lexical, de la célébration  de sa phraséologie quand Nadal  en fait lui un champ d’extériorité, un terrain labouré ou se mêlent ses râles gutturaux, dénonçant sa souffrance, et les plaintes en sifflet glaçant nées de l’ennui d’un jeu castré.

S’il n’y avait qu’un coup à conserver, à préserver comme l’ultime trésor du monde tennistique, ce serait le revers.

Un revers de cristal , brisé bien souvent dans sa fragile composition par l’épreuve du lift nadalien , provoque, les jours de momentum, un ravissement contemplatif en traçant des courbures imprévisibles sur le ventre du vent portant ses balles. Le court s’invente une nouvelle géométrie pour nous faire rebondir dans des mondes inanimés.

L’échéance australe est toute proche. Djokovic, Nadal, Murray devraient prendre la mesure du génie suisse , plus affûté plus jeune, plus affamé, plus…le bâlois s’éloigne chaque jour un peu plus des trophées qu’il convoite..

Mais Federer, même en marge des canons  de notre temps, ne s’ est jamais autant trouvé au cœur du jeu, et nous projette par ce rebond  dans la plus haute intensité de sa pulsation cardiaque.


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